Images pédophiles achetées par Carte Bancaire
La version Française de cet article ne contient pas le lien d’un site qui permet de signaler les contenus pédopornographiques de sites internet, le voici donc ICI
B. R. a été interpellé par la police à son domicile dans l’Etat du Massachusetts, aux Etats-Unis, en février dernier, grâce aux informations fournies par la police vaudoise. Il est en attente de son procès. Il risque jusqu’à 10 ans de prison et 250 000 dollars d’amende.
Cachés sur un site Internet vaudois, des fichiers contenant de la pornographie enfantine étaient téléchargés par des pédophiles du monde entier. Alertés par les services d’Interpol, les spécialistes de la police cantonale ont mis au jour des milliers d’adresses Web d’ordinateurs, qui ont permis de procéder à des dizaines d’arrestations en Suisse et à l’étranger
C’est ce que l’on appelle un gros coup de filet. La police cantonale vaudoise vient de démanteler un réseau international de pornographie enfantine sur Internet. Cachés sur un site vaudois légal consacré au hip-hop, des fichiers obscènes étaient en effet accessibles à des milliers de pédophiles à travers le monde.
C’est grâce à un lien Web secret, lequel s’échangeait sur de sordides forums de discussions, que les prédateurs sexuels accédaient à une page clandestine du site vaudois qui avait été piraté. Ils pouvaient ensuite librement télécharger de petits films mettant en scène des actes sexuels avec des enfants.
Outre la Suisse, 78 autres pays sont concernés par cette opération, qui a déjà donné lieu à des dizaines d’arrestations et des condamnations il y a quelques jours à peine aux USA. «C’est la plus grosse affaire de ce genre démantelée en Suisse», confirme Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la police cantonale vaudoise.
Délinquants des pays de l’Est
Tout commence en mai 2008, lorsque les services d’Interpol de Bruxelles communiquent des soupçons de pédophilie sur la Toile à leurs homologues fédéraux à Berne. Des inconnus semblent avoir enregistré des vidéos de pornographie enfantine sur un site légal en Suisse. Comme le détenteur du nom de domaine suspect est un Vaudois, c’est la police cantonale qui est chargée de l’enquête.
Les spécialistes Internet découvrent rapidement que c’est à l’insu du propriétaire du site Web dédié à la scène romande de hip-hop que des fichiers pédophiles ont été déposés. «Lorsque la police m’a entendu comme témoin au début de l’été dernier, j’ai été choqué de découvrir que ces documents étaient sur le site dont je m’occupais, explique le webmaster de l’époque. Ces inconnus ont réussi à tout cacher au fin fond de l’arborescence du forum.»
Ce sont des délinquants basés dans les pays de l’Est qui ont profité d’une faille de sécurité du site vaudois pour y cacher les fichiers pédophiles. «Ces individus ont mis le matériel illégal dans un espace vers lequel le webmaster ne se rend en général plus lorsque le site est lancé, confirme Arnold Poot, expert dans la lutte contre la pédophilie sur Internet à la police vaudoise. Ce qui explique qu’il n’ait pas remarqué que sa plate-forme hébergeait des activités illégales.»
De nombreuses arrestations
Au final, 2299 adresses IP uniques – les IP sont les numéros qui identifient chaque ordinateur connecté à Internet -, émanant de 78 pays, ont été mises à jour par les enquêteurs. Trente-deux cas touchaient directement la Suisse dans 12 cantons. «Il n’y avait pas de suspect sur Vaud. Les dossiers ont donc été transmis aux cantons concernés (dont ZH, BS, GL, TI). Interpol à Berne a pour sa part averti les autorités étrangères touchées», précise Jean-Christophe Sauterel.
En Suisse romande, trois adresses IP suspectes provenaient de Genève et une de Fribourg, où «le dossier est actuellement en cours d’instruction», confirme Raphaël Brenta, porte-parole de l’Office du juge d’instruction fribourgeois. A Genève, la police n’a pas été en mesure de donner des détails sur la progression de cette enquête.
Outre-Sarine, des arrestations ont déjà eu lieu. Notamment dans le canton de Glaris, où un homme a été condamné à une amende. A Bâle, deux personnes ont été interrogées. Mais c’est à l’étranger que les coups de filet ont été les plus nombreux, notamment aux USA et en Pologne. Des interventions confirmées par les autorités locales (lire encadré).
Ces interpellations ont surtout été possible grâce à la rapidité du travail des experts vaudois. «Nous devions agir vite, car nous savions que dans certains pays les fournisseurs d’accès ne conservent la trace des adresses IP que quelques mois, voire quelques semaines», explique Arnold Poot. Sur les 78 pays touchés par cette affaire, «trente ont demandé que les dossiers et les preuves leur soient envoyés afin d’ouvrir des poursuites», note la police fédérale.
Un stratagème habile et sournois
C’est donc via un lien Internet secret qui s’échangeait en ligne entre pédophiles que ces derniers téléchargeaient les contenus pédopornographiques, depuis une page cachée du site légal vaudois. Il s’agissait du fichier «smpls.rar» qui renfermait 101 vidéos d’une vingtaine de secondes chacune. Un mot de passe était aussi nécessaire pour le décompresser.
Outre les courtes séquences, un document texte invitait les pédophiles à acheter l’intégralité des vidéos dont ils avaient obtenu les extraits, au prix de 10 dollars l’unité ou 500 dollars pour le lot complet. Un e-mail était disponible pour recevoir davantage d’informations. Quant au paiement, il se faisait simplement par Western Union ou Paypal.
Source: Julian Pidoux – le 27 juin 2009, 21h40
Le Matin Dimanche
Collaboration Catherine Boss, «SonntagsZeitung»

